Douala : pourquoi je suis allée voir un psychologue ?

By janvier 7, 2020 Mon Journal

J’ai vécu une dizaine d’années dans une ville censée être l’une des plus stressantes au monde sans  jamais avoir pensé à voir un psychologue. Je ne sais pas, j’avais l’impression d’avoir une vie équilibrée relativement paisible où je trouvais une vraie balance entre le privé et professionnel sans jamais avoir l’impression de flancher ! Avant de continuer mon propos, je souhaite éclaircir une question qu’on m’a souvent posé sur internet : Quelle est la différence entre un psychiatre et un psychologue ?. Souvent confondus dans l’étiquette « psy », il n’est pas toujours facile de savoir la différence entre les deux. J’avais dû moi aussi faire des recherches dans ce sens.

Un psychologue est titulaire d’un Master 2 (ou d’un DESS) de psychologie. Il a fait au moins 5 ans d’étude à l’université. Il existe de nombreuses spécialisations en psychologie en fonction des tranches d’âge (psychologue pour enfant, spécialiste des troubles du vieillissement…), d’un champ d’activité (psychologue du travail, psychologue scolaire…), etc.

Un psychiatre est un médecin qui a fait une spécialisation en psychiatrie. Il a fait un cursus médical général pendant 6ans puis 4ans de spécialisation en psychiatrie. Par rapport à un médecin généraliste, le médecin-psychiatre est donc spécialement formé à établir un diagnostique et à prescrire des médicaments psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques, somnifères etc.) – Vous l’aurez compris, le psychiatre est un médecin, qui a fait une spécialité alors que le psychologue a fait des études de psychologie. Le psychiatre peut prescrire des médicaments psychotrope ce qui est important dans les suivis de troubles graves. A l’inverse le psychologue utilise la psychothérapie pour aider ses patients ce qui n’est pas le cas de tous les psychiatres.

Jusqu’à là on est bon ou bien (roulement de tambours, montez le volume). 

C’est donc au Cameroun que j’ai eu l’envie de voir un psychologue. Je n’avais pas de problèmes précis ou apparents mais j’observais beaucoup de personnes malheureuses, tristes, dans mon entourage lointain comme proche d’ailleurs, pour différentes raisons  : fausse couche, mariage loupé, burn out etc… J’étais fascinée par les histoires que certaines personnes pouvaient me confier. Je me disais : ” Seigneur, est ce que je vais tenir dans ce pays ?”, “Vais-je supporter cette mentalité ?”… De plus, les personnes avec qui j’échangeais étaient brillantes, droites, entières et normalement “fortes”. Je me demandais ce qui c’était passé et si surtout je pouvais me retrouver dans ce genre de situation.

J’ai donc choisi  d’aller voir un psychologue. Je voulais faire le bilan global de ma vie au Cameroun, les plus et les moins et surtout toutes les mauvaises énergies que je devais laisser. C’est Paulo Coelho qui disait : “Clore des cycles, fermer des portes, finir des chapitres – peu importe comment nous appelons cela, l’important est de laisser dans le passé les moments de la vie qui sont achevés.” Je crois que c’était ce qui m’animait à cette période. Nous étions en Février 2019 et je venais de finir mon vision board avec ma coach Anna Diore dont l’une des premières actions était de passer la porte de la clinique Convergence du Dr Erero F. NJIENGWE à Bonapriso. Je ne savais pas à quoi m’attendre la seule chose que j’avais en tête, c’était le long divan que l’on voit souvent dans les films. Notre première et unique séance avec le Dr Erero F. NJIENGWE a duré 1h30 et elle s’est extrêmement bien déroulée. J’ai essayé de tout lui dire, ce que je pouvais et de me laisser porter, guider. Il m’a écouté, calmement et de temps en temps, il me posait des questions. Vers la fin de la séance, il m’a demandé si je pensais avoir vraiment besoin de consulter un psychologue, je lui ai répondu : “je ne sais pas, je ne crois pas mais j’avais besoin de savoir“. Il m’a invité par la suite à faire un test de la personnalité.

Je ne vais pas vous raconter cette séance mais d’après le Docteur, l’une des choses qui m’a surement sauvé d’une dépression ou d’un burn out, c’est le fait de PARLER et d’ASSUMER qui je suis, mes fragilités, mes joies et mes peines.  J’ai de la chance de pouvoir appeler des ami(e)s et leur dire : “tu sais quoi, je suis fatiguée” et d’avoir en face des oreilles pour m’écouter. Ici, à Douala,  ce que j’observe c’est que nous vivons dans une société de paraître. People pretend a lot! C’est juste méga flippant !  Les relations sont faussées, on marche ensemble par intérêts et donc on ne doit pas baisser la garde de peur du qu’en-dirat-on. J’ai souvent envie de demander à ces personnes qui pour elles vivent au final ? La société ? Leur famille ? C’est pour cette raison que j’essaie de poser des mots grâce aux réseaux sociaux sur des maux que certaines personnes pourraient vivre, en cachette. C’est une manière de leur redonner le morale sans porter de jugement ou aussi de rallumer la lumière d’une étoile éteinte.

Au pays, les gens se réfugient au bar ou à l’église. C’est peut être un début de solution, je ne sais pas. Rupture, deuil, perte, il est vrai que lorsqu’on traverse une période difficile, nous ressentons le besoin d’être soutenu, entouré et il n’est pas toujours facile d’exprimer ce qu’on ressent à son entourage proche. Des fois même, on ne sait pas qu’on souffre tellement qu’on est enveloppé dans le train train quotidien jusqu’au jour où notre corps lâche. Le psychologue permet de faire part de ses inquiétudes, doutes, questionnements… mais aussi d’envies qui n’aboutissent pas. C’est aussi une alternative pour ceux qui peinent à s’ouvrir à leurs proches. Pour beaucoup, le psychologue n’a pas la même écoute qu’un ami. C’est quelqu’un de « neutre ». Il est attentif à ce qui est dit mais aussi non-dit, finalement à ce qu’on n’arrive pas soi-même à exprimer. Il essaye de mettre en lumière ce que vous ne voyez pas toujours. Il émet des hypothèses que vous travaillerez ensemble séance après séance. J’ai la chance quelques amis qui ont cette capacité d’avoir du recul et à y penser, cela me fascine ( Marie Alix,  Boris ou encore Edith).

Voilà, j’espère que cet article va un peu démystifier la question mentale dans nos sociétés africaines. C’est mon apport à la question. J’espère que les personnes souffrants de dépression ou troubles mentaux parleront plus et prendront la parole dans un espace où ils sont attendus.

Excellente semaine,

XOXO

6 Commentaires

  • Dibson dit :

    Hollaaa je savais pas que tu avais un blog encore en ligne. 🙂🙂
    Tu dis avoir la chance d’avoir des amis à qui tu peux parler. Oui c’est une chance ! Car y en a qui n’ont même pas ces oreilles.
    Je dirais que tu as surtout la capacité de t’exprimer, de t’ouvrir et d’être fragile. Certains ont des oreilles pour les écouter mais ne veulent pas parler pour ne pas paraître “faibles” ou pour continuer à prétendre ; ils finissent par se tuer à petit feu et c’est bien dommage.
    Je dois booker une séance avec ce M. J’ai une athlète qui a travaillé avec lui pendant 1an.
    Bel article

    • Voodart dit :

      Merci Mel pour ton commentaire.
      Je suis revenue à un de mes premiers amours, l’écriture.
      Ecrire pour être bien, aller mieux, être sereine.
      xoxo

  • Nana dit :

    Le support psychologique Nous l’avons beaucoup négligé sur notre continent. Renvoyant cela à une culture occidentale. Or il est vraiment bénéfique pour notre développement personnel.
    La dépression est une réalité, le burn out aussi, et le psychologue est la personne adéquate pour nous aider dans ces moments.

  • zeizame dit :

    Bel article. J’ai dû aller consulter un psychologue à un moment où je ne pouvais plus compter sur moi pour m’en sortir. Difficile de franchir le pas parce que pour moi c’était admettre que quelque chose n’allait pas. Je negligeais ma santé mentale alors que je courrais chez le médecin pour un rhume 😆 ça m’a fait un bien fou!

    • Voodart dit :

      Merci beaucoup. Je suis ravie pour vous. J’espère que vous accompagnerez
      dans ce chemin vos proches qui sans le savoir aussi pourront en avoir besoin.

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