Léa est l’une de mes premières amies

By mai 16, 2019 octobre 24th, 2019 Mes Rencontres

Café Voodart - Lea Dibebe4Léa est l’une de mes premières amies. Nous nous sommes connues en 1993 à « La réussite », une école maternelle et primaire située à Logbaba, Douala.

Nous avons été dans la même classe de la maternelle au CM2 avant de nous séparer à l’obtention de notre CEP en 2001. Elle est partie à Libermann et moi au collège Chevreul. A l’époque nous n’avions pas de réseaux sociaux ou de téléphones. On savait où chacune étudiait et cela nous suffisait. En 2003, sans vraiment me préparer, mes parents décident que j’irai continuer ma scolarité en France, à cette époque, je rentrais en classe de 4eme.

Je n’ai malheureusement pas de souvenirs de mes deux années passées au collège Chevreul. Ceux-ci sont focus sur l’école primaire. Je ne me souviens uniquement de celle avec qui je passais beaucoup de temps, Diane de Tobah.

Bref, revenons à 2005/2006 où j’ai un blog sur Skyblog qui s’appelle « Diane la black ». J’y raconte ma vie depuis 2003, année de mon arrivée en France. Il faut noter que je vivais dans un village de 1500 habitants donc je n’avais pas beaucoup d’amis à mon arrivée, cela était majoritairement dû à ma couleur de peau. Cette situation a duré une année environ après ça allait beaucoup mieux.

Un jour, sur ce blog, je reçois un commentaire, d’une personne qui dit un truc du genre : «  J’ai connu une personne qui vous ressemble et qui s’appelait Diane. Diane Ngako, c’est toi ? » … Mon dieu, à ce moment, j’ai eu le cœur qui battait vite… Je n’avais pas de nouvelles de mes amies depuis mon arrivée en France, j’étais loin de ma vie… Je réponds sur son blog à elle et je la reconnais.

Nous décidons de nous suivre, je lui demande les nouvelles d’autres amies dont Ericka qui vivait au pays. On se perd encore un peu de vue et puis en 2008, j’atterris sur Facebook et c’est alors l’occasion de nous retrouver elle et nos autres amies (Tatiana, Isabelle,…)

Nous n’avons jamais pu retrouver notre relation d’avant. Les petites filles de 5/8 ans que nous étions avaient grandi et nous avions pris des chemins différents. Aujourd’hui c’est toujours le cas mais je regarde avec beaucoup de fierté ce qu’elle fait car je sais d’où elle vient. Je la considère un peu comme une cousine, nous n’avons pas besoin de nous parler mais nous savons qu’au besoin, nous sommes là l’une pour l’autre. Ces trois dernières années, j’ai souvent lu ses statuts, j’y ai entrevu souvent beaucoup de doutes, mal être, peur et je n’ai jamais sauté le pas de lui poser une question simple : « Lea, comment tu vas ? »

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C’est en voyant un énième statut, il y a environ dix mois, que je me suis dit qu’elle serait la première interview pour mon blog. Je me demandais comment continuer à être forte dans un environnement qui nous tire souvent vers le bas et j’ai pensé à elle. Je me suis demandée comment Léa arrivait à poursuivre son rêve de danseuse dans un pays, continent qui ne valorise pas ce type d’art ?

Comment réussit-elle à aller à l’encontre de la société ? C’était une brillante élève donc je pense que ses parents visualisaient déjà une brillante carrière dans l’administration and co.

Je me souviens qu’à l’école c’était Léa qui nous apprenait les chorégraphies. C’est aux alentours de 15 ans qu’elle a compris que cette passion pouvait se transformer en métier. L’une des premières fois que Léa a compris que ses parents n’étaient pas du même avis qu’elle, c’est le jour où un sélectionneur d’une troupe en France est venu faire des sélections en local

De toute l’école de danse de Madame Mekongo, elle a été la seule à être choisi.  Le deal avait ses parents était simple :  qu’après le bac, elle aille poursuivre ses études aux États-Unis mais cette même année son père est tombé malade. J’ai souhaité laisser Lea me raconter : « Chez Madamde Mekongo, on reprenait beaucoup des chorégraphies et j’avais l’impression que mon niveau ne progressait pas. J’ai donc commencé à me rendre dans les compétitions, les challenges de vacances. C’est ainsi que j’ai rencontré les street dancer. J’ai découvert le krump, le hip-hop ou encore la Salsa. Moi, j’étais une danseuse d’école, on m’a appris à danser. Le fait que je m’y adonnais beaucoup a surpris ma mère car au début c’était elle qui me forçait d’y aller. Elle m’a récemment dit : « Je ne sais pas pourquoi tu continues de danser alors que tous tes amis ont laissé », la maman de Léa.

« Depuis que je vis à Lagos et que j’en vis ma mère est plus sereine, mon père l’était aussi. Tout a commencé avec ma sélection pour le show « Dance with Peter ». Je crois que c’est à ce moment que mes parents ont commencé à exprimer, légèrement, leur fierté. », Raconte-t-elle. C’est Vanissa qui lui avait envoyé l’affiche de cette compétition et elle s’est lancée. Vous pouvez voir cette vidéo.

Café Voodart - Lea Dibebe5Depuis fin 2015 Léa vit à Lagos, non pas par choix car si elle devait choisir, elle vivrait au Cameroun. Léa n’est pas une personne qui planifie. C’est à partir de ce qu’elle ressent qu’elle détermine les actions à suivre. Son rêve est de faire un centre de formation, une école de danse et une salle de spectacle. « La formation au Cameroun ne m’a pas appris à connaître le langage de mon corps comme au Nigéria.  Je me souviens qu’ici on ne nous donnait pas le nom des pas. Je veux que des personnes soient formées au Cameroun et qu’elles ne se sentent pas dépaysées en allant aux states. » Raconte-t-elle.

Son aventure n’a pas débuté par le Nigéria mais par le Ghana. Une semaine après son master en management de projets de la qualité, elle a quitté le Cameroun. C’est après le concours qu’elle décide de rester après avoir rencontré des danseurs talentueux. Sans argent et back up local, elle lance son projet Heat and Heals pour pouvoir gagner sa vie. Cette activité n’a pas beaucoup fonctionné. Elle a dû travailler dans quatre studios pour tenir la cadence. Le coût de la vie est super élevé à Lagos, le loyer, les transports.

L’histoire de Léa est tellement passionnante. Je n’ai retranscrit que 40% de notre conversation pour vous partager sa résilience et vous inviter à la suivre sur les réseaux sociaux comme Instagram. Je voulais savoir comment elle tenait et sa réponse était tellement simple et sincère « je ne vais pas de mentir, ce n’est pas toujours facile. Plusieurs fois, je suis rentrée en pleurant mais je n’y pouvais rien, c’était mon choix. Le fait de recevoir des messages des personnes qui m’admirent me donne de la force. Les gens doivent comprendre que The dream job is still a job. J’aurai adoré vouloir faire quelque chose mais la danse est dans mon cœur et cela rythme ma vie ».

J’espère que Léa trouvera le chemin pour atteindre son rêve et que l’industrie de la danse va se développer au même rythme que celle de la musique . Je sais qu’elle a souvent peur que le Cameroun éteigne sa flamme mais comme j’aime bien dire si on ne fait pas… qui va faire ?

6 Comments

  • Bikoutt dit :

    Assez pationnant pour le souligner.
    Cependant, c est pas plus mal d’avoir des doutes des fois, celà nous permet, à mon humble avis, de rester connecter à la réalité.
    ForcEtCourage Léa¡¡¡

  • alvine dit :

    j’avais déjà dis que je t’admirais et petit à petit ça se consolide davantage. je pose mon commentaire ici car on parle de l’école la réussite où moi aussi j’ai fait l’école primaire en 97. j’ai la chance de faire le stage à cimencam client de Omenkart, douala art fair m’interresse et m’attire d’ailleurs mais j’ai pas encore eu la chance d’y assister. En d’autres termes j’ai la chance de suivre tous tes projets, et là honnêtement tu es devenu mon modèle de femme forte n°2.

  • Léa dit :

    Merci beaucoup pour cet article . Parfois j’oublie le long chemin que j’ai déjà parcouru parce que j’ai l’impression de ne pas faire assez . Merci aussi d’avoir choisi de jolies photos 😂. Merci beaucoup Diane .

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